dimanche 6 mai 2018

6 mai


C’est un jour par hasard, où Binh-Dû retrouve sur la toile les trois femmes de sa vie. (Non, elles ne sont pas sa mère, sa femme, sa fille, ainsi que le prétendrait un fils-mari-père exemplaire.) Reliées par le désir et l’amour qu’ils partagèrent en couples de bric et de broc. Dans une succession cahoteuse, à chacune sa décennie, la coloration dominante d’une époque, une période de peintre. Se reconnaîtraient-elles ? Se rencontreront-elles jamais ? Une, deux, trois dans le désordre, la première lui envoie par-delà les océans un adjectif ravi, la voix de la chanteuse est arrivée à bon port sur ses ailes d’ange. À la deuxième il tient à rappeler qu’ils s’aimèrent d’une manière exceptionnelle – ce qui n’est sans doute pas si original. Des fois qu’elle aurait oublié, qu’il faille s’en souvenir. Si vivace son amour de la troisième qu’un peu de jalousie affleure, un zeste de sarcasme, Binh-Dû n’est pas un ange. Loin de là. Il dirait aujourd’hui qu’il fut amoureux trois fois. Ou bien une douzaine, comme en une boîte d’œufs compartimentés. Attention, fragile. Compliments. Il secoue au-dessus de la poêle un flacon de fines herbes.

(encore merci à Camille)