samedi 5 mai 2018

5 mai


Au vieux monsieur, Binh-Dû tient la lourde porte vitrée. À la mendiante affalée contre un mur pisseux qui le bénit au nom d’Allah il adresse un franc sourire. À la caissière il souhaite une bonne journée et un bon week-end tant qu’il y est.
Son voisin, il prend soin de le remercier en sourdine puisque les cris des zombies égorgés ont été ramenés à un niveau sonore acceptable. (S’il le remerciait à haute voix, Dieu sait ce qui se passerait !)
L’œuf cassé à côté de la poêle et dont le jaune a séché dans la chaleur de l’inox, il le gratte avec précaution comme il recueillerait une poudre dorée, une épice précieuse à conserver pour le plaisir des yeux dans un ramequin transparent.
Mais il ne fait pas cela, non. Il a passé l’âge des compulsions fétichistes, ou bien il ne conçoit plus l’espace où les réaliser. Il est conscient des mécanismes compensateurs qui le font fonctionner au quotidien. Il a l’air bon comme le pain.